Pour pouvoir avancer, marcher, courir, il faut accepter d'être en déséquilibre. C'est d'une évidence déconcertante. Mais cela sous entend qu'être en équilibre revient à stagner.
A 38 ans, avec une compagne et 4 enfants, je me remet en marche après 3 années à avoir cherché l'équilibre dans un projet d'éco-hameau.
C'est l'histoire d'un autre départ annoncé, différent du précédent, douloureux par certains aspects, et libérateur par d'autres.
2 juin 2013, j'ai 38 ans, et j'acte mon choix de quitter le collectif auquel je me suis joins il y a quasi 3 ans.
Pour en arriver là, il aura fallu des mois de galères, de tensions, de colères.
Il aura fallu aussi une décision d'exclusion à notre encontre, ou du moins une demande du collectif pour que nous quittions les lieux, ce qui revient quasi au même.
Il n'est pas évident de voir le positif, de prendre sa part de responsabilité dans un tel épisode sans chercher à tout mettre sur le dos des autres.
Peut être que d'écrire cette partie de ma vie me permettra de voir certaines choses, d'en comprendre d'autres.
Ce que je sais aujourd'hui, avec ce début de recul, c'est que c'était inévitable comme conclusion.
Lorsque dans un groupe une personne commence a avoir un regard critique, qu'elle ose dire les choses qui ne vont pas en tirant le signal d'alarme, et qu'elle se met limite en marge du groupe, c'est que ça commence à sentir le sapin cramé. Le problème est que ces autres personnes ne sont pas forcément à même d'entendre le signal d'alarme, soit par choix de rester dans une zone confortable, soit par aveuglement total tellement elles ont le nez dedans. Du coup, la personne critique peut décider de rentrer dans le moule (incident clos), ou elle peut aussi décider de quitter le navire. Le troisième choix est de rester à bord, et de conserver ce rôle de vigie. C'est le choix que j'ai fait avec ma compagne, le choix de rester à bord et de tirer le signal d'alarme encore et encore jusqu'à épuisement. Ce choix "suicidaire" a été dicté par la croyance que nous avions dans les valeurs véhiculées théoriquement par ce projet.
Mais pour comprendre tout cela, il convient de partir du commencement et de présenter les parties concernées.
D'un côté, nous avons une famille dont le projet d'habitat groupé a commencé à mûrir 14 ans en arrière. Avec des pauses, des investigations, des discussions, la réflexion était là : vivre à plusieurs, c'est quand même plus fun et enrichissant que de vivre chacun chez soit.
Durant 14 ans, nous avons grandi, appris tout un tas de truc plus ou moins utile. Nous avons enrichi notre réflexion à travers des lectures, à travers la mise en pratique de concepts pas forcément logique. Sur toutes ces pistes de réflexion, 4 nous semblaient incontournables. Peu importe l'ordre, cela donnait en substance ceci :
- la communication non violente...ou comment être honnête tout en restant bienveillant, sans jugement...
- la prise de décision avec le consentement de tous. Exit la notion de majorité. Chaque décision se prend avec l'aval de tous, ce qui permet de déjouer la logique mathématique et de dire que 1+1=3 grâce à "l'intelligence collective".
- la place des enfants, et de façon plus large, de chaque individu dans la société, quelque soit son âge, son état de santé physique ou mentale. Chacun a sa juste place, et les interactions sont possibles entre tous, même pour "travailler".
- la décroissance et le rapport à la société de consommation...tout en cultivant le bien être quand même.
L'idée était de vivre à plusieurs, avec du trans-générationel, à la campagne de préférence, et de viser l'autonomie alimentaire et énergétique, sans pour autant entrer en autarcie et vivre dans une secte. Exercice somme toute périlleux et plus dur qu'il n'y parait.
De l'autre côté, un collectif qui véhiculait justement ces idées là...du côté de la région Rhône-Alpes. Un collectif en cours de création, qui était à la recherche de nouvelles familles pour poursuivre l'aventure et sauter le pas afin de dépasser le cadre théorique.
Ce collectif a bougé, avec des arrivées, et des départs. Il a aussi bougé en choisissant de migrer en haute Garonne.
L'idée de base, en plus des valeurs véhiculées, était de constituer un éco hameau d'environ une vingtaine de foyers, où chacun conserverait son chez soit et ses finances, et avec aussi une mutualisation des espaces communes. Concrètement, des espaces de loisirs communs, une buanderie commune, des salles de détentes communes, et aussi des espaces professionnels mutualisables.
Les outils de "travail" étaient la CNV (communication non violente) et la Sociocratie (prise de décision en cercle au zéro objection).
Voilà, le résultat ne pouvait qu'être un mariage d'amour après s'être rencontrés.
(la suite un peu plus tard)
mercredi 19 juin 2013
lundi 27 mai 2013
Passeur d'âmes
Petite expérience chamanique réalisée il y a peu là où je vis actuellement.
Un des membres du collectif dans lequel je vis a fait venir un géobiologue pour faire une vérification d'implantation pour une construction à venir... Après quelques repérages, et quelques discussions, le groupe en a profité pour faire un bilan de la maison commune que nous partageons à plusieurs. Outre le fait qu'un cours d'eau passe en dessous de la bâtisse, nous avons pu repérer deux endroits "habités" dans cette maison et assez lourdement chargés, et après accord de tout les habitants du collectif, nous avons décidé d'effectuer une "petite" cérémonie de départ composé en 3 temps : nettoyage, purification, rééquilibrage.
C'était une expérience assez intéressante en soit.
Lors de la première phase, un peu à la fin de cette étape, j'ai commencé à ressentir une légère douleur à l'épaule droite, avec une sensation d’agrippement, comme des serres qui m'emprisonnaient cette partie du corps, puis cela s'est estompé.
A la fin du processus en 3 étapes, j'ai pris un temps "particulier" avec le shaman géobiologue pour effectuer un petit nettoyage intérieur. La douleur présente initialement à l'épaule droite s'est légèrement "réveillée" puis a migré dans l'omoplate pour terminer sa course au niveau du rein, côté droit toujours, lieu de la mémoire ancestrale. J'ai fini la séance avec une sensation d'ancrage au sol à l'intérieur du corps.
Il y a quelques mois de cela, un ami géobiologue est venu pour travailler sur notre zone d'implantation de notre yourte. Outre les cours d'eau présents en quantité, il a "ressenti" autre chose sur ce lieu, une présence...celle de mon père. Cet ami était au courant de mon "sympathique" été bretonnant dernier.
Tout ça mis bout à bout m'incite à croire que le monde de l'immatériel m'entoure bien plus que je ne le pensais. Je ne vais pas virer mystique sur ce blog, mais c'est quand même une chose qui me travaille.
En chamanisme, il existe des passeurs d'âmes. C'est peut être une piste que je vais explorer prochainement et qui m'apportera peut être quelques éclaircissements sur ce que j'ai vécu et sur ce que je vis aussi dans le monde des vivants. Que ce soit concernant l'âme de mon père ou la sensation de me comporter en St Bernard limite "guide" avec d'autres de leur vivant, il est temps de faire un peu de lumière sur ce qui m'entoure.
Peut être qu'une suite sera écrite ici, sur ce blog, ou alors cela sera sur un autre à venir.
Un des membres du collectif dans lequel je vis a fait venir un géobiologue pour faire une vérification d'implantation pour une construction à venir... Après quelques repérages, et quelques discussions, le groupe en a profité pour faire un bilan de la maison commune que nous partageons à plusieurs. Outre le fait qu'un cours d'eau passe en dessous de la bâtisse, nous avons pu repérer deux endroits "habités" dans cette maison et assez lourdement chargés, et après accord de tout les habitants du collectif, nous avons décidé d'effectuer une "petite" cérémonie de départ composé en 3 temps : nettoyage, purification, rééquilibrage.
C'était une expérience assez intéressante en soit.
Lors de la première phase, un peu à la fin de cette étape, j'ai commencé à ressentir une légère douleur à l'épaule droite, avec une sensation d’agrippement, comme des serres qui m'emprisonnaient cette partie du corps, puis cela s'est estompé.
A la fin du processus en 3 étapes, j'ai pris un temps "particulier" avec le shaman géobiologue pour effectuer un petit nettoyage intérieur. La douleur présente initialement à l'épaule droite s'est légèrement "réveillée" puis a migré dans l'omoplate pour terminer sa course au niveau du rein, côté droit toujours, lieu de la mémoire ancestrale. J'ai fini la séance avec une sensation d'ancrage au sol à l'intérieur du corps.
Il y a quelques mois de cela, un ami géobiologue est venu pour travailler sur notre zone d'implantation de notre yourte. Outre les cours d'eau présents en quantité, il a "ressenti" autre chose sur ce lieu, une présence...celle de mon père. Cet ami était au courant de mon "sympathique" été bretonnant dernier.
Tout ça mis bout à bout m'incite à croire que le monde de l'immatériel m'entoure bien plus que je ne le pensais. Je ne vais pas virer mystique sur ce blog, mais c'est quand même une chose qui me travaille.
En chamanisme, il existe des passeurs d'âmes. C'est peut être une piste que je vais explorer prochainement et qui m'apportera peut être quelques éclaircissements sur ce que j'ai vécu et sur ce que je vis aussi dans le monde des vivants. Que ce soit concernant l'âme de mon père ou la sensation de me comporter en St Bernard limite "guide" avec d'autres de leur vivant, il est temps de faire un peu de lumière sur ce qui m'entoure.
Peut être qu'une suite sera écrite ici, sur ce blog, ou alors cela sera sur un autre à venir.
jeudi 23 mai 2013
9 mois moins 3 jours
27 avril dernier, jour d'anniversaire de mon aînée, ses 12 ans, petit déclic en moi. Quelque chose se passe à l'intérieur de mon corps , comme un verrou qui saute permettant ainsi la libre circulation de toutes les énergies. Je me sens différent, moins tiré vers le bas. C'est comme si je m'autorisais de nouveau à vivre et à être heureux. Je souris alors pleinement à la vie.
Avant ce déclic, c'était des humeurs changeantes (être gémeaux n'aide pas non plus), des coups de blues ou de bien être. Je pouvais alterner les deux plusieurs fois par jour. C'était aussi une accumulation de colère et de tensions, à pester contre tout et rien, contre ces personnes qui certes ne comprennent pas un deuil, mais qui refusent aussi de le respecter et de le laisser s'exprimer. A pester contre des personnes qui estimaient (et estiment encore aujourd'hui) que je trouvais des prétextes à mes humeurs changeantes ou à ma volonté de m'isoler et de me protéger des tensions extérieures et inhérentes à la vie en collectif.
Un deuil ne se comprend pas forcément, c'est vrai, surtout quand on a soit même pas eu le "plaisir" de vivre cela...mais à défaut de l'accompagner il se respecte quand même.
Pendant cette période de deuil, un petit soleil est apparu fin février, et même si j'avais du mal à me connecter à lui, il était là, plein de vie et d'amour à donner et à recevoir. Ce petit soleil s'est joint aux trois précédents pour en former un plus gros. De 5 individus composant notre famille nous sommes passés à 6. L'arrivée de ce 4ème enfant n'a pas mis un terme à mon deuil, mais il a contribué à l'alléger.
Ce deuil a duré 9 mois moins 3 jours.
9 mois moins 3 jours, c'est justement aussi le temps qu'il a fallu à mon dernier enfant (mon second fils) pour rejoindre sa mère, ses soeurs, son frère et moi et pouvoir ainsi être tenu dans nos bras.
9 mois moins 3 jours, la croisée de deux histoires, deux trajectoires différentes. L'une pour accepter l'absence d'El Padré, l'autre pour accéder à la lumière du jour.
Avant ce déclic, c'était des humeurs changeantes (être gémeaux n'aide pas non plus), des coups de blues ou de bien être. Je pouvais alterner les deux plusieurs fois par jour. C'était aussi une accumulation de colère et de tensions, à pester contre tout et rien, contre ces personnes qui certes ne comprennent pas un deuil, mais qui refusent aussi de le respecter et de le laisser s'exprimer. A pester contre des personnes qui estimaient (et estiment encore aujourd'hui) que je trouvais des prétextes à mes humeurs changeantes ou à ma volonté de m'isoler et de me protéger des tensions extérieures et inhérentes à la vie en collectif.
Un deuil ne se comprend pas forcément, c'est vrai, surtout quand on a soit même pas eu le "plaisir" de vivre cela...mais à défaut de l'accompagner il se respecte quand même.
Pendant cette période de deuil, un petit soleil est apparu fin février, et même si j'avais du mal à me connecter à lui, il était là, plein de vie et d'amour à donner et à recevoir. Ce petit soleil s'est joint aux trois précédents pour en former un plus gros. De 5 individus composant notre famille nous sommes passés à 6. L'arrivée de ce 4ème enfant n'a pas mis un terme à mon deuil, mais il a contribué à l'alléger.
Ce deuil a duré 9 mois moins 3 jours.
9 mois moins 3 jours, c'est justement aussi le temps qu'il a fallu à mon dernier enfant (mon second fils) pour rejoindre sa mère, ses soeurs, son frère et moi et pouvoir ainsi être tenu dans nos bras.
9 mois moins 3 jours, la croisée de deux histoires, deux trajectoires différentes. L'une pour accepter l'absence d'El Padré, l'autre pour accéder à la lumière du jour.
vendredi 4 janvier 2013
Madame Pasdbol
La série des Monsieur Madame, vous connaissez ? Babeth vous a écrit un petit billet avec un personnage fort peu sympathique. Certes, je ne suis pas objectif, mais qui m'en tiendra rigueur à ce jour ?
Bref, Madame Pasdbol n'a pas de chance. C'est vrai, elle avait un projet de vie avec El Padré, et au final elle se retrouve aux côtés d'un homme avec un cancer dépisté tardivement. Même pas pu célébrer le premier anniversaire de mariage. La cerise sur le gâteau étant qu'elle a du supporter ma présence pendant quasiment trois mois car j'avais oser faire le choix de vouloir être présent auprès de mon père pour ses dernières semaines de vie.
Dur la vie de Madame Pasdbol, surtout quand je suis là pour voir l'alcoolisme, et que j'ose mettre en mot sa dépendance à l'alcool, et qu'en plus j'ose dire que j'ai pas confiance en elle pour s'occuper de mon père. C'est un fait. Comment peut elle être attentive et réactive si un problème médical survient à la maison alors qu'elle est cuite ?
Madame Pasdbol a aussi du prêter sa voiture, pour que je puisse aller voir mon père à l'hôpital régulièrement. Par moment elle profitait de m'avoir comme chauffeur...et par moment cela devait être pénible pour elle de pas pouvoir aller acheter ses cigarettes au bar du village et de s'en jeter un ou deux au passage.
Madame Pasdbol a quand même ouvert sa maison à ma famille. Ca n'a été simple pour personne, et cela a même été source de tension et de plaintes. Forcément, Madame Pasdbol est dans le triangle infernal Bourreau/Victime/Sauveur.
En fait, je pourrai poursuivre des heures durant, écrire des lignes et des lignes sur Madame Pasdbol.
Je pourrai faire preuve d'empathie... Oui, je pourrai. Pourtant je n'y arrive presque pas. Ce n'est pas par égard à son alcoolisme, non c'est juste en réaction à ces trois mois passés en sa présence, avec son humour douteux à la sortie du bureau du médecin lorsque la décision relative à la sédation a été prise, avec sa non présence auprès de mon père à l'hôpital, avec ses plaintes incessantes au sujet de mon père devant sa famille à lui...et j'ose même pas parler de l'après décès, avec son envie de tout foutre à la benne car elle savait pas comment elle allait trier les affaires.
Avec Babeth nous avons sauvé ce qui pouvait l'être...
Ce qui m'attriste avec Madame Pasdbol qui est alcoolique, c'est qu'il y a deux chiens qui souffrent probablement de cette situation, et eux n'ont rien demandé. Oui, ça me fait chier pour les chiens.
Bref, Madame Pasdbol n'a pas de chance. C'est vrai, elle avait un projet de vie avec El Padré, et au final elle se retrouve aux côtés d'un homme avec un cancer dépisté tardivement. Même pas pu célébrer le premier anniversaire de mariage. La cerise sur le gâteau étant qu'elle a du supporter ma présence pendant quasiment trois mois car j'avais oser faire le choix de vouloir être présent auprès de mon père pour ses dernières semaines de vie.
Dur la vie de Madame Pasdbol, surtout quand je suis là pour voir l'alcoolisme, et que j'ose mettre en mot sa dépendance à l'alcool, et qu'en plus j'ose dire que j'ai pas confiance en elle pour s'occuper de mon père. C'est un fait. Comment peut elle être attentive et réactive si un problème médical survient à la maison alors qu'elle est cuite ?
Madame Pasdbol a aussi du prêter sa voiture, pour que je puisse aller voir mon père à l'hôpital régulièrement. Par moment elle profitait de m'avoir comme chauffeur...et par moment cela devait être pénible pour elle de pas pouvoir aller acheter ses cigarettes au bar du village et de s'en jeter un ou deux au passage.
Madame Pasdbol a quand même ouvert sa maison à ma famille. Ca n'a été simple pour personne, et cela a même été source de tension et de plaintes. Forcément, Madame Pasdbol est dans le triangle infernal Bourreau/Victime/Sauveur.
En fait, je pourrai poursuivre des heures durant, écrire des lignes et des lignes sur Madame Pasdbol.
Je pourrai faire preuve d'empathie... Oui, je pourrai. Pourtant je n'y arrive presque pas. Ce n'est pas par égard à son alcoolisme, non c'est juste en réaction à ces trois mois passés en sa présence, avec son humour douteux à la sortie du bureau du médecin lorsque la décision relative à la sédation a été prise, avec sa non présence auprès de mon père à l'hôpital, avec ses plaintes incessantes au sujet de mon père devant sa famille à lui...et j'ose même pas parler de l'après décès, avec son envie de tout foutre à la benne car elle savait pas comment elle allait trier les affaires.
Avec Babeth nous avons sauvé ce qui pouvait l'être...
Ce qui m'attriste avec Madame Pasdbol qui est alcoolique, c'est qu'il y a deux chiens qui souffrent probablement de cette situation, et eux n'ont rien demandé. Oui, ça me fait chier pour les chiens.
mercredi 26 décembre 2012
A quatre mains.
1er noël sans...eux.
1er noël sans un coup de fil au padré,
ni même une carte. Et la nouvelle année sera identique à ce noël.
Ce qui change, je suis maintenant
l'aîné de la famille. Je ne parle pas des oncles, des tantes,
cousins et cousines... Je suis l'aîné des deux enfants devenus
grand. Même si c'est purement symbolique, cela compte quand même.
Cela n'a pas toujours été ainsi.
Enfin si, je suis et je reste l'aîné des deux, mais avant, il y
avait le padré...et encore avant, il y avait notre mère.
Petit flash back de 13 ans pour ceux
que ça intéresse.
22 novembre 1999, elle aurait dû fêter
ses 49 ans.
Septembre 1999, une vie s'est arrêtée
dans des conditions de merde, avec une souffrance des deux côtés du
miroir.
Encore des non dits, des oublis, de la
colère, de la rancoeur. Certes, 13 ans après, cela a été évacué,
certaines choses sont sorties, ont été dites, un peu comme une
remise à l'heure des pendules.
Ce premier billet va nous emmener avec
Babeth sur un partage des évènements, un récit à 4 mains à
travers nos blog respectifs.
Histoire de boucler la boucle, de se
souvenir, de ne pas oublier, et de continuer d'avancer car nous
sommes tout deux des parents à ce jour.
jeudi 15 novembre 2012
423, la suite
Durant ces 3 mois d'accompagnement, j'ai fais le choix d'être le "lien" entre famille et staff médical, non pas pour filtrer les infos transmises, mais pour les traduire et éviter les pertes de temps inutiles.
Lors de cette dernière nuit passée à l'hôpital, j'ai choisi d'être présent en soutient pour lui et en relais avec l'équipe de nuit.
Je n'ai pas dormi de la nuit, toujours à être en vigilance accrue par rapport à son état physique. Peu de paroles échangées, beaucoup de café et de coca en consommation nocturne. Des regards, une main posée sur l'épaule en soutient... C'était ma façon d'être là. Je n'étais pas là pour dire au revoir, mais pour le soutenir durant cette nuit.
Le lendemain, place à la famille. Ma soeur et la belle mère sont là, passent du temps dans la chambre.
Moi, je me suis éclipsé pour prendre une douche, et je navigue entre la machine à café, et le couloir. Je n'ose interrompre ces instants privilégiés entre eux tous. Chaque fois que je rentre dans sa chambre, je sens l'émotion, des larmes, des silences, mais des temps où ils se disent au revoir, se soutiennent...et du coup, je ne prend pas ma place pour moi même dire au revoir. Peut être que je l'ai déjà fait inconsciemment. C'est même certainement le cas. Mais je ne prend pas ma place pour lui dire au revoir en le regardant dans les yeux et en le soutenant.
Après, ça s'enchaîne. L'hypercapnie est très rapide et l'état de conscience du padré s'effiloche en un rien de temps. La décision est prise...et après tout se précipite.
Il me manque quelque chose de "formel" dans ce scénario, mais il est déjà écrit, il a déjà été joué, et y'a pas de second opus possible.
Au moment où j'aurai pu prendre ma place de fils auprès de son père, j'ai pas osé le faire. Je souhaitais permettre à Babeth de vivre ce qu'elle avait à vivre dans ces derniers instants, et j'ai aussi souhaité que sa femme puisse dire au revoir alors même que...elle avait fait le choix de ne pas prendre sa place durant ces 3 derniers mois.
Je me dis que j'aurai mieux fait d'éjecter la belle mère et d'être là avec Babeth et le Padré, juste entre nous trois. D'ailleurs, à son dernier souffle, était présente sa vraie famille...de sang.
Lors de cette dernière nuit passée à l'hôpital, j'ai choisi d'être présent en soutient pour lui et en relais avec l'équipe de nuit.
Je n'ai pas dormi de la nuit, toujours à être en vigilance accrue par rapport à son état physique. Peu de paroles échangées, beaucoup de café et de coca en consommation nocturne. Des regards, une main posée sur l'épaule en soutient... C'était ma façon d'être là. Je n'étais pas là pour dire au revoir, mais pour le soutenir durant cette nuit.
Le lendemain, place à la famille. Ma soeur et la belle mère sont là, passent du temps dans la chambre.
Moi, je me suis éclipsé pour prendre une douche, et je navigue entre la machine à café, et le couloir. Je n'ose interrompre ces instants privilégiés entre eux tous. Chaque fois que je rentre dans sa chambre, je sens l'émotion, des larmes, des silences, mais des temps où ils se disent au revoir, se soutiennent...et du coup, je ne prend pas ma place pour moi même dire au revoir. Peut être que je l'ai déjà fait inconsciemment. C'est même certainement le cas. Mais je ne prend pas ma place pour lui dire au revoir en le regardant dans les yeux et en le soutenant.
Après, ça s'enchaîne. L'hypercapnie est très rapide et l'état de conscience du padré s'effiloche en un rien de temps. La décision est prise...et après tout se précipite.
Il me manque quelque chose de "formel" dans ce scénario, mais il est déjà écrit, il a déjà été joué, et y'a pas de second opus possible.
Au moment où j'aurai pu prendre ma place de fils auprès de son père, j'ai pas osé le faire. Je souhaitais permettre à Babeth de vivre ce qu'elle avait à vivre dans ces derniers instants, et j'ai aussi souhaité que sa femme puisse dire au revoir alors même que...elle avait fait le choix de ne pas prendre sa place durant ces 3 derniers mois.
Je me dis que j'aurai mieux fait d'éjecter la belle mère et d'être là avec Babeth et le Padré, juste entre nous trois. D'ailleurs, à son dernier souffle, était présente sa vraie famille...de sang.
vendredi 26 octobre 2012
Chambre 423
Chambre 423, un autre regard.
Bientôt 3 mois qu'il a fermé les yeux
pour une nouvelle aventure. Et je me dis que ce laps de temps
correspond à la période d'hospitalisation (en structure et à la
maison). La balance s'équilibre, et peut être que ce laps de temps
est nécessaire pour écrire, poser le vécu, l'évacuer sans pour
autant l'assimiller à un déchet que l'on souhaite soustraire au
regard en tirer une chasse d'eau. Un peu comme un accouchement après
3 mois de travail.
Chambre 423, un simple numéro pour
certains, quasi deux mois de souvenirs pour moi.
Je ne sais pas par quel bout prendre ce
billet, ni dans quel ordre. Il me faut du temps pour remettre un peu
d'ordre dans mes souvenirs, dans la chronologie.
Pour moi, et c'est ma vision toute
personnelle et subjective, le début de cet épilogue démarre avec
la pose de la gpe, tant attendue après des semaines à être promené
à droite à gauche.
Enfin, un choix clair, une information
à peu près claire sur les risques, les buts visés, ce que ça
permettrait.
L'opération se déroule bien, il a le
sourire, une lueur d'espoir et d'optimisme, non pas sur l'échéance
à venir, mais sur le temps restant à profiter de la vie, de la
famille, des amis.
Quelques heures à attendre pour mettre
en place l'alimentation via la gpe. D'abord tester avec de l'eau,
pour vérifier l'efficacité avant d'y mettre du nutritif, si ma
mémoire ne me joue pas de tour.
Cela se déroule sur une nuit, nous
sommes confiants, optimistes.
Le matin, je décide de venir seul, de
bonne heure, pour voir comment ça s'est déroulé.
Rejet. Un simple mot, mais qui en dit
long. L'estomac n'a pas vraiment supporté l'intronisation d'un
« aliment » après tant de mois de diète forcée. Le
padré a vomit, à plusieurs reprises. De l'incompréhension pour
lui, et un terrible constat amer pour moi qui me confirme un
pressenti déjà en place avant la pose de la gpe, à savoir que
c'est peut être « trop » tard.
Il ne souhaite pas être vu par sa
fille, ni par sa femme. La peur de choquer ou de briser l'espoir.
Mais elles viennent quand même, après
qu'il ai pu être lavé pour reprendre un peu de « fraîcheur »
et de contenance.
La journée est longue à s'écouler,
d'autant plus qu'il n'a plus d'alimentation en place. Il est sur des
réserves inexistantes, depuis bien trop longtemps épuisées.
Je prend une décision, qui a le don de
l'irriter en apparence, mais dont je sais qu'il en est reconnaissant
au fond de lui. Je demande aux filles du service de mettre en place
un lit de camp afin que je puisse être présent la nuit à venir,
lors du nouveau test. Cela me permettra d'être là, d'être
attentif, et aussi d'être en relais pour prévenir l'équipe de nuit
en cas de soucis.
Quelques vidéos chargées sur le
portable, et la promesse de tenir informée ma compagne et babeth par
textos ou par appel si besoin. Nous nous doutons tous que la nuit ne
va pas être simple.
Effectivement, elle ne l'est pas. De
nouveau rejet, mais ça empire au niveau des conséquences. Dans ce
qu 'il recrache par voie orale, une partie se dirige dans les
poumons qui commencent à se remplir. Dur de le voir s'affaiblir plus
qu'il ne l'est déjà, de le voir chercher de l'air, de le voir avec
le souffle court. Je me doute bien qu'il sait ce qui se prépare.
Nous ne sommes pas dupes. Plusieurs fois dans la nuit il vomit, et
ses poumons se remplissent inexorablement. Pas possible de l'aspirer
apparemment...mais une promesse du staff de voir l'équipe anti
douleur au plus tôt le matin.
Le matin justement, avec du soutient de
la famille présente, du relais. Je vais souffler un peu, et laisser
la place à ma sœur et à ma belle mère pour qu'elles puissent
toutes deux être là, saisir ces derniers instants. Nous n'avons pas
d'échéance donnée par un toubib, mais nous savons que ça
approche.
Je fais des aller retour, entre la
chambre 423, la cafét, et une douche nécessaire. A chaque fois que
je monte dans la matinée pour le voir, j'entre dans la chambre et en
ressort aussitôt car je le vois accompagné, sa fille à ses côtés,
ou sa compagne.
Cela se dégrade.
Le staff anti douleur est là, tout
comme son hypercapnie. Nous avons déjà tous discutés des
possibilités légales « offertes », afin qu'il ne
souffre pas, et surtout qu'il n'ait plus cette sensation d'étouffer.
Nous savons ce que ça implique, et lui le savait aussi. Un jour, max
deux...mais pas une dizaine d'heures...
L'après midi est plus paisible. Après
la sédation, c'est des temps de silence, d'accompagnement...de
soutient tant que peut se faire.
Le soir approche, et une nouvelle
décision est prise. Cette nuit du 30 juillet, babeth et moi sommes à
ses côtés, en espérant passer la nuit tout les 3.
Un peu de fond sonore, c'est la
natation, une nouvelle victoire tricolore sur fond de marseillaise.
Babeth et moi discutons, la vie continue...et lui choisit de s'en
aller tranquillement, peut être en paix avec le fait de voir (ou
d'entendre) que nous sommes dans le présent. Un peu comme s'il avait
senti que c'était le bon moment pour lui, pour nous.
(la suite, plus tard, mais pas dans 3
mois)
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